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lundi 30 novembre 2020

ZANZI-BAR

ZANZI-BAR                

Sur le bulletin municipal de 1979 on pouvait lire une publicité concernant le Taxi Tardits au « Zanzi-Bar » rue Paul Biremont.


Ce Zanzi-Bar j’en ai entendu parler toute mon enfance par mon père. C’était son rendez-vous privilégié quand il était « jeune homme », comme il disait. J’ai donc cherché à faire l’histoire de cet établissement. Pourquoi ce nom ? Il faut savoir que le Zanzi est un jeu de comptoir qui se joue avec trois dés et un gobelet. 

C’était également après la guerre le rendez-vous des « zazous ». Une mode vestimentaire et musicale apparue à la libération[1].

Il n’est pas très ancien. Le 11/4/1936 par déclaration en mairie de Boucau, Rose DITCHARRY, veuve HARISMENDY, née à Pouillon le 25/3/1894, habitant à Boucau, maison Pountnau (pont neuf), déclare ouvrir comme propriétaire un débit de boisson avec apéritifs à base de vin titrant moins de 23°, dans un local situé rue de la Gare à Boucau, appartenant à Monsieur Edouard POUYMAYOU[2].

Arbre Ditcharry cliquer pour agrandir l'image

Le 31/5/1938 Mme Désirée Marie BROCA épouse PLAT née à Bayonne le 8/5/1896, prend la succession de la buvette.

Cette buvette n’avait pas la grande licence, il faut attendre le 26/7/1947 pour que Mme PLAT née BROCA la rachète à Madame Zélie DUPUY, propriétaire de la Tarbaise (rue Georges Lassalle). Dès ce moment la licence IV est accordée au Zanzi-Bar.

Le 18/5/1948 Mme PLAT met en gérance le café en faveur de Monsieur Marcel HAITCAGUERRE né à Boucau le 3/3/1905.

Le 31/12/1952 le bail est vendu à Jean Baptiste IDIART de Lantabat.

Vente Zanzi-Bar 1952, Pôle Archive de Bayonne série 3Q acte civil Public bureau de Bayonne

Dans les années 1970 le propriétaire du Zanei-Bar faisait également le taxi. Le bar n’existe plus actuellement et un logement a pris sa place.

Vue actuelle du Zanzi-Bar, rue Paul Biremont, transformé en appartements

Sources:
Archives Mairie de Boucau
Association GBA (Généalogie du Bas Adour); AD 40 en ligne (NMD Pouillon et Tarnos); AD 64 (NMD Boucau, Saint Pierre d'Irube, enregistrement bureau de Bayonne; Internet Google Map

[1]  Zazou : jeune manifestant une passion immodéré pour la musique de jazz américaine et qui se faisait remarquer par une tenue vestimentaire excentrique.

[2]  Archives de la commune de Boucau


samedi 28 novembre 2020

YGON

YGON

Les dernières lettres de l’alphabet posent toujours des problèmes pour trouver un sujet. Cette famille YGON est arrivée au Boucau, venant de Bessèges, en 1890 en la personne de Victor Fortuné YGON.

Victor Fortuné est né à Balmelles (Lozère) le 2/6/1847, fils de Scipion et de Marie VEZOLE. Il sait lire et écrire, indique son matricule militaire. Il est appelé à l’activité le 12/8/1870, en pleine guerre contre l’Allemagne. Il est affecté au 12ème régiment d’infanterie de ligne. 

Extrait du matricule de Fortuné Ygon (AD 48 en ligne)

Quand il est démobilisé, il épouse le 18/10/1871 à Planchamp (Lozère) Rose Virginie CHARDES. La vie est rude en Lozère et les travaux des champs ne suffisent pas pour nourrir une famille. Comme beaucoup d’autres il rejoint Bessèges (Gard) où une aciérie vient d’ouvrir ses portes (Compagnie de Terre Noire). Cette aciérie où Claudius MAGNIN est ingénieur. 


Manœuvre, il quitte Besseges pour Tarnos[1], où il arrive le 4/6/1890 (d’après son registre matricule). Là il va travailler aux Forges de l’Adour comme une multitude de déracinés attirés par l’importante usine. Ce sont les : Desarmenien, Belguiral, Richard, Palat, Regnier, Siret, Sigrist, Bros, Blain, Duclos, Guillaume etc. Sans oublier les espagnols venus de Sos del Rey Catolico et d’autres contrées de l’Espagne.

Ouvriers des Forges de l'Adour à la fin du 19ème siècle

De son union avec Rose Virginie CHARDES, Fortuné YGON eut au moins trois enfants. Vous trouverez la descendance dans l’arbre ci-dessous.

Leur fille Julie Virginie va épouser au Boucau, le 13/1/1899, Jean PEDUCASSE originaire de Pouillon (40).

La liste nominative de Tarnos nous permet de connaitre leurs différents lieux de vie. Ainsi en 1921 Fortuné YGON habite au quartier des Forges dans les maisons Durruty. 

Liste nominative Tarnos 1921 AD 40 en ligne

On peut situer ces maisons à la rue André Dubois. 

Rue André Dubois au début du 20ème siècle collection particulière

En 1926 il n’y a plus que le père et le fils.

Liste nominative Tarnos 1926 AD 40 en ligne

Fortuné est mort à Tarnos, cité des Forges le 25/1/1931 et son fils Joseph Auguste Fortuné le 14 août de la même année.

Julie Virginie, (la femme de Jean PEDUCASSE) étant décédée le 15/9/1918, il n’y a plus de représentants de la famille YGON.

Les enfants du couple PEDUCASSE-YGON sont recensés dans la liste nominative de 1921, maison Durruty (pas très loin de la famille YGON).

Liste nominative Tarnos 1921 AD 40 en ligne

En 1926 la famille PEDUCASSE habite une maison de contremaître, du fait de la promotion de Jean. 

Liste nominative Tarnos 1926 AD 40 en ligne

Il s’est d’ailleurs remarié le 18/4/1922 avec Augustine VIGNAU (originaire de Pouillon)

La famille est encore à Tarnos en 1931

Liste nominative Tarnos 1921 AD 40 en ligne

Jean PEDUCASSE est mort à Pouillon le 27/8/1936. Une autre famille PEDUCASSE, apparentée à celle-ci a également vécu à Boucau et à Tarnos. 

 

Sources:

Site GBA (Généalogie du Bas Adour); AD 48 en ligne (état-civil Pied de Borne et matricules militaires); AD 30 en ligne (état-civil Bassèges et matricules militaires); AD 40 en ligne (état-civil Tarnos et listes nominatives Tarnos 1921-1926-1931 et 1936).

 


[1]  Pour information Boucau était autrefois un quartier de Tarnos. En 1857 elle devint une commune indépendante. En 1882 quand les Forges de l’Adour s’installent à cheval sur les deux communes, on construira des maisons à cheval sur les deux départements (Boucau est dans le 64 et Tarnos dans le 40). Les familles vont habiter tantôt à Boucau et en traversant la route à Tarnos.

vendredi 27 novembre 2020

XIPHIAS

 XIPHIAS

Depuis 1985 ce bar restaurant, situé à la Cale, était géré par Daniel Aragon, ancien joueur du Boucau-Tarnos-Stade, qui nous a quitté il y a quelques mois. 

Le Xiphias

En 2011, après son départ à la retraite, une crêperie « Le Repaire » s'y installa. Depuis quelques années, et après des transformations nécessaires un restaurant gastronomique « L’Adour » a pris la suite.


Le restaurant est situé dans un immeuble municipal : Le Centre Municipal d’Animation de la Cale, qui comprend outre le bar, différents bureaux pour les amicales de la Cale, les lamaneurs, les pilotes de l'Adour et les associations boucalaises.
Ce Centre Municipal a été construit dans les années 1980. Il s'agissait de déménager le Café du Port, situé près le barrière de la Cale, et d'en profiter pour héberger les services du Port de Bayonne, ainsi que différentes associations (Amicales de la Cale, Syndicat d'initiative etc ..). Les études commencent en février 1979 ainsi que l'indique, dans le bulletin municipal, la commission équipement de la municipalité : « pour améliorer le passage dangereux de la Cale, le Café du Port est condamné à être rasé. Sa réimplantation est prévue dans un projet regroupant les bureaux du port, un local pour les pêcheurs professionnels et plaisanciers, les lamaneurs, le syndicat d’initiative et une académie de billard ».

Bulletin municipal Boucau février 1979

Ce centre coûtera 615 183 francs  (bulletin municipal de novembre 1980).

En mars 1981 le président de l’Amicale de La Cale des pêcheurs est optimiste : « Espérons que 1981 verra l’achèvement et l’inauguration du Centre Municipal d’animation de la cale. Les travaux se poursuivent activement depuis quelques jours. Quoique contenus par le mauvais temps de ces dernières semaines ; enfin souhaitons que les prochaines fêtes de Boucau voient cette belle réalisation mise au service des divers utilisateurs pour le plus grand bien de tous ».


Bulletin municipal Boucau mars 1981

Les travaux sont presque finis Bulletin municipal juin 1981

L’inauguration n’a pas eu lieu pour les fêtes de Boucau mais plus tard car en juin 1981 le président du Syndicat d’Initiative (ancien office du tourisme) déclare :

« 1981 sera probablement une année cruciale pour la Cale. Le centre d’animation qui est en cours de finition sera un contrepoids très utile pour que soit maintenu bien vivant « ce coin » de l’histoire de Boucau ».

Bulletin municipal Boucau juin 1981

Mais revenons à ce café du Port, il était tenu par la famille Gayon. Lydie Gayon, à l’état civil Angélique Juliette, était née au Boucau, maison Morère, le 6/4/1928, elle est décédée à Bayonne le 7/1/2011. Fille de Julien Basile Gayon, fondeur aux Forges de l’Adour et d’Alexandrine Senez, elle avait épousé au Boucau le 25/4/1945 Zebio Dall’agata né à Cordignano (Italie) le 14/3/1921 et décédé au Boucau le 13/1/2007. Il était fils de Battista, maçon et de Benvenuta Naibo qui vivaient au Temple sur Lot (47) en 1939.

La Cale dans les années 30, on aperçoit le café du Port avec son store blanc en arrière-plan sur la droite de la photographie.  Pas de voitures, que des gens à pied. Que de changements depuis !!!

Le couple a tenu la buvette très longtemps, jusqu'à sa démolition. Je n’ai pas trouvé les autres gérants de ce bar, ni la date de sa création. 

Sources:
Presse locale (Courrier de Bayonne et Sud-Ouest)
Bulletins municipaux, Archives personnelles 

jeudi 26 novembre 2020

WELLINGTON

WELLINGTON

Quand l’histoire locale rencontre l’histoire nationale

Le propos de cet article n’est pas de faire la biographie du duc de Wellington, celle-ci est disponible sur Internet, mais de raconter un épisode méconnu de sa vie.

En 1813-1814 les armées alliées, commandées par le Duc de Wellington, envahissent la France, par le Pays Basque au prix de combats acharnés. Bayonne enserrée dans ses remparts et protégée par la citadelle, résiste. Wellington décide d’encercler la ville et pour cela il faut prendre pied sur la rive droite de l’Adour. Mais il n’existe pas d’autre franchissement de l’Adour, que le pont Saint-Esprit. Il décide donc de construire un pont de bateaux sur l’Adour, au droit de la Maïsica actuelle. Ce pont servirait à faire passer les troupes sur la rive droite et envahir Boucau et Tarnos.

Le pilote major de la Barre, Jean Bourgeois est informé de la situation. Il apprend par une de ses « mouches » que le Duc de Wellington viendrait en haut de la dune de Blancpignon, pour décider de l’emplacement de ce pont. Bourgeois décide d’organiser un guet-apens pour capturer le Duc. Le 22 janvier 1814 il en informe son chef, le commissaire chef maritime Badeigts-Laborde, qui refuse catégoriquement. 

Lettre de Bourgeois à Badeigts Laborde (collection personnelle)

Le 25 janvier Bourgeois passe outre le refus de son chef et monte avec quelques hommes l’opération. Du haut de la cathédrale de Bayonne, les guetteurs français s’apercoivent de la manœuvre. Badeigts-Laborde, informé, décide d’envoyer des éclaireurs pour prévenir les anglais, qui voyant les français détalent aussitôt. L’embuscade est ainsi déjouée. Le 23 février la construction du pont est achevé et les anglais commencent à envahir Boucau. 


Comble de l’ironie, la villa Thérèse, maison de Bourgeois (aujourd’hui la poste de Boucau), est choisie par le général Hope pour établir l’état-major des anglais.


Les vallons de Boucau et de Saint-Esprit entre Prisse et la côte de Laharie, furent le théâtre de sanglants affrontements entre Anglais et Français. On peut s’en rendre compte en visitant les deux cimetières des anglais.

Jean Bourgeois collection personnelle


La place Semard a porté pendant très longtemps le nom de Jean Bourgeois. Si on remonte la rue du Pitarré sur une centaine de mètres on aperçoit à droite, dans un renfoncement, une fontaine. En s’approchant on peut arriver à déchiffrer une inscription a moitié effacée :

« Fontaine de Pitarré appartenant à Jean Bourgeois lieutenant de vaisseau, pilote major de la barre, chevalier de la légion d'honneur ».

 


vendredi 20 novembre 2020

PAUL RAMBIE

 RAMBIE

Mon article sur la lettre R était écrit depuis longtemps. Pour tout vous dire il avait pour sujet : ROMATET, vous savez le « Haut-Boucau »! « La Gargale »! Mais l’actualité m’a rattrapé et j’ai décidé d’écrire un article sur Paul RAMBIE qui vient de décéder le 27 octobre 2020 à Paris, âgé de 101 ans. Pourquoi spécialement sur ce personnage et bien parce que c’était un peintre de renommée mondiale natif du Boucau.

Clément RAMBIE dit Paul est né au Boucau le 24 mai 1919, on l’a décrit comme « le peintre de l’angoisse mystique ». Dès 1945 il rentre à l’école des beaux-arts de Bayonne. Il rencontre Roland BIERGE[1], né comme lui au Boucau, c’est la naissance d’une longue amitié entre les deux hommes. Dès les années 1950, il commence à exposer ses propres œuvres à Paris. Après avoir vécu à Cambo-les-Bains, il s’installe à Paris dès 1976. Les renseignements sur la vie de cet artiste foisonnent sur le Net. Je vous recommande l’hommage appuyé de la ville d’Anglet sur son site[2]. L’artiste a d’ailleurs donné des œuvres à la ville pour sa collection d’art contemporain. Bien sûr Wikipedia est incontournable[3].

Je vais m’attacher à raconter l’histoire de sa famille. Paul RAMBIE est le fils de Jean RAMBIE et de Marie SARCIAT, il est né au Boucau, on l’a vu le 24 mai 1919, maison Comte. Son père, Jean RAMBIE, est né à Florimont-Gaumier (24), le 29 novembre 1869. Il est le fils d’Etienne RAMBIE et de Marie LACOMBE. Son matricule militaire nous indique qu’il n’est pas très grand (1m 61), qu’il est blond aux yeux bleus, et qu’il possède « une instruction primaire plus développée » selon la terminologie militaire. Autrement dit qu’il a réussi à l’examen du Certificat d’Etude Primaire.

Matricule militaire de Jean Rambie AD 24 en ligne 2R0745

On trouve également dans ce document des renseignements sur ses différentes résidences En début d'année1897 il est domicilié à Guiche (64) et le 10 octobre 1897 il déménage rue de Lille au Boucau (ancienne rue Georges Lassalle). 

Matricule militaire de Jean Rambie AD 24 en ligne 2R0745

Il fait son service militaire et obtient le « certificat de bonne conduite ». Il est rappelé pour la guerre de 14-18, le 3/8/1914. Après un court séjour aux armées, il est affecté spécial aux Forges de l’Adour (où il travaille déjà depuis 1893). Il est décédé au Boucau le 7 novembre 1939, maison Lartigau. Le 9 février 1937 il avait été décoré de la médaille d’honneur du travail (en argent) pour ses bons et loyaux services au sein de la Compagnie des Forges et aciéries de la Marine et d’Homécourt.

Il va se marier deux fois. Une première fois à Tarnos le 18 avril 1900 avec Louise DORDOSGOÏTY, née à Bayonne le 19/6/1857, âgée de 43 ans, fille de Gracian et de Catherine BORDENAVE. Louise est veuve de Pierre Jean BELGUIRAL, lamineur, décédé à Tarnos le 7/4/1899. Louise est décédée au Boucau, maison Comte, le 24 octobre 1917, âgée de 60 ans. L’acte indique qu’elle est morte au passage à niveau de la cité. A-t-elle été écrasée par un train ? Mystère ?

Le 25 avril 1918 Jean RAMBIE âgé de 48 ans, convole en secondes noces, à Rivière (40), avec  Marie SARCIAT née à Rivière le 4 avril 1885. Elle est la fille d’Antoine et de Jeanne GOUEYTES. De cette union va naitre leur unique enfant : Clément dit Paul RAMBIE. Marie SARCIAT est décédée à Bayonne le 24 mai 1968.

Il existe un DVD parlant de l’œuvre de Paul RAMBIE, il est paru en 2006


Sources:

Site GBA, Presse (JO sur Gallica), Geneanet, AD 24 en ligne (Etat-Civil et registres matricules)



[1]  Roland Bierge né au Boucau 26/8/1922, mort à St Antoine (32) le 26/12/1991, peintre qui se rattache à la nouvelle école de Paris. Voyez son article sur Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Roland_Bierge

[2]  https://www.anglet.fr/actualites/dernieres-actualites/detail-dune-actualite/actualites/hommage-a-paul-rambie/

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Rambi%C3%A9

mercredi 18 novembre 2020

PIQUESSARY

 PIQUESSARY

Piquessary ! Ce nom évoque pour bien des boucalais, les combats acharnés de l’équipe de rugby fanion, pour préserver l’invincibilité des « noirs forgerons », à la maison. Le match le plus glorieux sera sans nul doute le match nul concédé le 11 mars 1923 par le champion en titre, le Stade Toulousain. Voici d’ailleurs un extrait d’un article paru dans le « Courrier de Bayonne » de l’époque : «… La date du 11 mars 1923 sera sans conteste la plus glorieuse de l’histoire du Boucau-Stade. Elle rappellera qu’un jour le vaillant et modeste club de travailleurs, qui porte le maillot noir, a tenu en échec d’un bout à l’autre d’une partie officielle le champion de France au renom fameux, la pléiade d’internationaux et de sélectionnés groupés sous l’étendard rouge et noir du Stade Toulousain … »

L’auto le journal de référence du sport dans les années 1920 titre le lundi 12 mars 1923 : « Les champions de France tenus en échec ».



Pourtant le Boucau-Stade[1]revenait de loin, quelques années auparavant le terrain qu’il utilisait depuis quelque temps était en vente, il devenait vital pour l’Amicale Boucalaise de l’acheter. Les 30 000 francs furent trouvés et le terrain de Piquessary devint la propriété du Boucau-Stade le 25/11/1920.

Mais quelle est l’origine de « Piquessary », tout le monde a donné sa version, jusqu’à penser qu’un pirate, le fameux Piquessary, en était propriétaire, et qu’il allumait des feux pour attirer les navires sur la côte et ainsi mieux les piller.

On va le voir la réalité est toute autre.

Avant la « Révolution » (1789) la propriété s’appelait Péclère, et les vieux boucalais se rappellent que la rue du 19 mars 1962, s’appelait autrefois le chemin de Péclère.

Le premier propriétaire dont j’ai trouvé la trace s’appelle Saubat Detcheverry de Saint Forcet, avocat au parlement, il habite Bayonne en 1676. Son fils Charles Detcheverry de Saint Forcet, avocat, a une fille unique, Marie Detcheverry, qui épouse Jean Louis de la Framboisière, écuyer de la reine douairière d’Espagne, Marie Anne de Neubourg[2]. Le contrat de mariage est retenu par Pierre Lesseps[3], notaire à Bayonne, le 17 novembre 1721. Marie était la fille unique et héritière de Charles Detcheverry. La famille de La Framboisière, devient ainsi propriétaire de Péclère.

On remarque la signature de Marie Anne de Neubourg "Yo la Reyna" Moi la Reine

Le fils du couple, Louis de La Framboisière vend la propriété de Péclère, le 10 mai 1758 en faveur de Bernard Piquessary, notaire Bayonnais

« … propriété de Péclère située en la paroisse de Tarnos, quartier du Boucau …. Consistant en maison de maitre, sans qu’il y ait aucun meuble et effets mobiliers, logement de métayer, reste d’un vieux pressoir et quelque petit bâtiment délabré, jardin parti en friche, vigne peuplée de petits vergers de pommes, deux arpents de terre sable labourable, un vieux bosquet dégarni d’environ ¾ d’arpents … »

En voici les confrontations

« … Du levant à l’héritage de Lartigue appartenant aux héritiers de Gontaire (Honteyres actuellement) ; du midi vers la rivière à lande commune, chemin entre deux, du couchant du Pey appartenant à Laboulite et Jeannoulet, du nord au Petit Lartigue et à des arbres en commun… ». La vente est faite moyennant 3500 livres.

Bernard Piquessary, notaire à Bayonne a trois frères : Jean né en 1704, prêtre ; Bernard François Léon et Bertrand capitaines de navires.

C’est Bernard François Léon Piquessary qui est le corsaire de la famille. La guerre de course, car il s’agit de cela, est très réglementé. La France étant en guerre contre l’Angleterre au milieu du 18ème siècle, les armateurs pouvaient armer des navires pour aller capturer des navires ennemis. Bernard Piquessary capturera de nombreux navires avec le Lion : 5 en 1747. Avec le Machault en 1758 il n’y eu qu’une prise, mais de taille car elle rapporta 20 000 livres au capitaine.


Le 3 janvier 1787, Jeanne Marie Cailleau, veuve de Bernard Piquessary, vend la propriété de Péclère en faveur de Daniel et Richard Dovalle conjoints moyennant 6000 livres. Daniel Dovalle est décédé à Tarnos le 24/9/1805, ses enfants Dina et Daniel héritent de la propriété. Dina Dovalle est décédée à Tarnos le 8/2/1837, elle avait épousé à Tarnos le 24/1/1835 Jacob Julien Baïs natif de Peyrehorade. Le 19/10/1836 elle rédige devant Doussy, notaire à Saint Esprit, son testament

« Je n’ai de successeur qu’en ligne collatérale, usant du bénéfice que la loi m’accorde en ce cas, je donne et lègue au sieur Jacob Baïs mon mari, tous les meubles, effets mobiliers, linge, argenterie, argent monnayé, sans aucune exception …. Et quant au bien de Péclère, je le donne et lègue à Rachel Emilie Dovalle ma nièce, demeurant à Bordeaux que j’institue pour ma légataire particulière dans l’objet de le recueilli après le décès de Jacob Baïs mon mari a qui j’en lègue la jouissance sa vie durant …. »


Rachel Dovalle rentrera en possession du bien de Péclère, après le décès de Jacob Julien Baïs survenu à Peyrehorade le 23/4/1863.

Après le décès de Rachel Dovalle, le 23/4/1891 au Boucau, ses héritiers mettent la propriété en vente aux enchères publiques. Pierre Louis Gonzague Lobit, achète la propriété de Péclère, que l’on appelle aussi Piquessary, à la chaleur des enchères[4] le 17/11/1892. Le nouvel acquéreur est capitaine d’infanterie 49ème RI à Bayonne. Le capitaine Lobit est décédé au Boucau le 4/5/1919 ses héritiers vont alors mettre en vente le bien. Le Boucau-Stade devient propriétaire du terrain le  25/11/1921, il l’agrandira avec un autre acte du 3/11/1927. 

Le stade de Piquessary dans les années 1930-1940

Le 9/1/1967 il lègue le terrain et ses installations à la ville du Boucau qui en assure désormais l’entretien.



[1] Fondé en 1907 le Boucau-Stade change de nom le 25/3/1988 pour s’appeler Boucau-Tarnos-Stade

[2] Marie Anne de Neubourg (1667-1740) fut reine d’Espagne par son mariage avec Charles II, le couple n’eut pas d’enfants. Le roi meurt le 1/12/1700 et avec ce décès s’ouvre la guerre de succession d’Espagne. Elle est exilée en France, à Bayonne, en 1708, par Louis XIV qui avait placé sur le trône d’Espagne son petit-fils le futur Philippe V. A Bayonne elle a vécu rue Montaut. Son exil prit fin en septembre 1738. Elle est décédée à Guadalajara le 16/7/1740.

[3]  Ancêtre de Ferdinand de Lesseps le constructeur du canal de Suez

[4]  A chaque enchère une bougie est allumée. Si elle s’éteint sans nouvelle enchère, une seconde bougie est allumée, puis une troisième. A son extinction le dernier enchérisseur emporte l’objet. (Les bougies durent 30 secondes environ)

mardi 17 novembre 2020

OLAIR

 OLAIR

Le 27 mai 1889 est mort à Tarnos (40) quartier des Forges Cayetano OLAIR (quelquefois écrit OLHAIR) né à Pampelune vers 1850, fils d’Ignacio et de Teresa ZUNZARREN. Il est mort à « 1heure du soir ». Il est manœuvre, espagnol et les témoins de son décès sont deux de ces compatriotes : Firmin YBANEZ 22 ans journalier et Andres GIL 27 ans journalier également, ils n’ont signé l’acte « pour ne savoir » selon la formule consacrée. Cayetano était l’époux de Feliza ARANO, deux enfants nés de leur union sont également nés à Tarnos au quartier des Forges : Ramona le 9 août 1884 et Faustine le 16/2/1886.


Ce décès m’a interpellé car un an auparavant Cayetano OLAIR avait été soupçonné de meurtre sur la personne d’André PITA (un de ses compatriotes).

Rappelons ici que l’installation en 1881 d’une importante usine sidérurgique : Les Forges de l’Adour, est venue bouleverser la quiétude de deux petits villages : Boucau et Tarnos. Ces bourgs ont vu leur population augmenter de façon significative. 

Photo prise entre 1880 et 1890 à gauche maison où il y avait la pâtisserie St André.
On remarque que les maisons de la rue Biremont (Saldou etc...) n'existent pas.
 

Année

Boucau

Tarnos

1872

1643

1788

1881

1863

1796

1886

2720

2530

1891

3440

2645

1896

3989

3071

Ainsi dès 1882 au Boucau, on peut constater la présence de quatre-vingt-cinq nouvelles maisons, toutes situées dans le quartier de l’usine dit « des Forges ».

Photo vers 1900, il y a plus de maison dans la rue Biremont

C’est dans ce quartier des Forges, à cheval sur les deux communes, que se produit l’assassinat dont le « Courrier de Bayonne » (hebdomadaire local) se fait l’écho dans son édition du vendredi 17 août 1888 :

« Il était environ 10 heures du soir mardi dernier, lorsque le bruit commençait à se répandre au Boucau, par toute la cité ouvrière, qu’un crime venait de se commettre. Derrière les bureaux des Forges, et à gauche en se dirigeant vers le quai des appontements, il est une petite taverne d’aspect louche, absolument isolée, que tient un espagnol, du nom de Gaetano Olhair âgé de 45 ans. Depuis longtemps il est occupé sur les quais au chargement des poteaux de mines, marié, père de famille, il a trouvé moyen d’occuper ses heures de loisir et celles de sa femme à la gérance d’une cantine dont il est propriétaire et où il offre à ses compatriotes, très nombreux depuis la création de l’usine, non seulement le couvert, mais aussi le gîte. Le 20 juillet dernier, Gaetano inscrivait sur ses registres, au double titre de pensionnaire et de locataire, un jeune navarrais André Pitta âgé de 26 ans. Huit jours après, la buvette espagnole recevait encore comme locataires deux ouvriers du port, toujours espagnols, ayant l’un et l’autre comme Pitta 26 ans : Manuel Garcia et Laurent Vertut. Pitta se lia vite d’amitié avec ses deux compatriotes qu’on le vit fréquenter assidûment. Dans la soirée de Mardi, son repas achevé, il prenait place en leur compagnie à une table de la taverne et le trio commençait aussitôt une partie de carte. Que sa passa-t-il entre les joueurs ! Vers onze heures du soir, un ouvrier de l’usine venant chercher du vin à la buvette entra tout effaré et prévint Gaetano que dans l’ombre, près de la route, il avait heurté du pied un corps d’homme « C’est sans doute un ivrogne qui cuve son vin » répondit très indifféremment l’aubergiste. Pourtant il consentit à se déranger lorsqu’un deuxième client vint l’informer à son tour qu’un homme gisait dans la cour de l’établissement sans connaissance. Accompagné de quelques-uns de ses pensionnaires Gaetano sortit. Pita était étendue sur le sol déjà froid et rigide. Le crime ayant été commis à 100 mètres environ du territoire des Basses Pyrénées, sur le territoire de la commune de Tarnos, ceux-ci durent téléphoner non pas à Bayonne, mais à Dax. On comprend quels inconvénients graves présentent au point de vue de la poursuite des meurtriers ces formalités judiciaires. Ne serait-il pas urgent en prévision de cas semblables, d’annexer au Boucau toute la partie est de l’usine qui appartient aux Landes, de telle sorte qu’à la première alerte la gendarmerie de Bayonne puisse être sur pied et intervenir à temps. Gaetano a été arrêté et conduit à la maison d’arrêt de Dax »

J’ai retrouvé l’acte de décès d’André PITA, 26 ans, natif de La Corogne, manœuvre, décédé à 11 heures du soir le 14 août 1888. Les personnes déclarant le décès sont : Bernard GUILLAUME 44 ans (le concierge de l’usine) et Arnaud LAPENU, 40 ans, garde particulier (de l’usine).


OLHAIR, a-t-il été mis hors de cause ? Je n’ai rien trouvé dans le journal. Son décès moins d’un an après, en mai 1889, interpelle.

Il y a de nombreux articles du « Courrier de Bayonne » relatant des violences entre personnes, dans ce quartier de Boucau et Tarnos. La municipalité du Boucau, bien consciente du problème, obtient, le 26 mai 1892, la création d’un poste provisoire de gendarmerie, composé de deux gendarmes. Puis par le décret du 20 mai 1894, l’installation d’une brigade de gendarmerie. Cette première gendarmerie était située, rue du Barthassot, en face de l’actuelle Caisse d’Epargne.

 

Sources :

AD 40 en ligne : Décès Tarnos, année 1888 et 1889 ; Naissances Tarnos 1884 et 1886

Généalogie du Bas Adour (GBA)

Courrier de Bayonne année 1888 et 1889 consultés à la Médiathèque de Bayonne

Délibérations Conseil municipal Boucau 1874-1883, 1883-1889, 1889-1896

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